De symboles en symboles...
Après le symbole fort mais éphémère des cerisiers en fleurs, le voyage de mes parents m'a conduit à découvrir davantage le Japon et ses paysages les plus célèbres. Parmi les plus marquants, deux symboles nippons se sont montrés sous leurs meilleurs auspices. Plus majestueux que jamais, le Mont-Fuji, dépassant des nuages, a illuminé le voyage en avion entre Haneda et Fukuoka. Le Mont-Fuji a une importance majeure au Japon. Il est le sommet le plus élevé du pays avec ses 3.776 mètres d'altitude et porte en lui un certain nombre de croyances religieuses, que ce soit dans la religion shintoïste ou dans la religion bouddhiste. Pour le culte shintô, la montagne sacrée aurait été le lieu de la destruction, ordonnée par un empereur, d'un élixir d'immortalité . Toujours considéré comme un volcan actif du fait du caractère récent de sa dernière éruption (1707), la fumée qui se dégageait parfois du sommet était perçue alors comme la lente consommation de ce breuvage par la montagne. Par ailleurs, plusieurs divinités auraient élu résidence dans le pic sacré, notamment Kono-banasakuya-hime, la princesse qui fait pousser les fleurs de cerisiers. Quant aux bouddhistes, ils vénèrent l'aspect de la montagne sacrée de la forme du bouton blanc et des huit pétales composant la fleur de lotus. Les flancs du Mont-Fuji sont marqués par de nombreux torii. Ceux-ci délimitent l'espace sacré formé par la montagne. Je vous en ferai profiter j'espère quand j'aurai gravi, comme je le souhaite, ses pentes abruptes en juillet prochain. D'ici-là, voici le panorama inoubliable du Mont-Fuji, vu d'avion, où il est possible de distinguer au premier plan deux des cinq grands lacs qui l'entourent et dans le fond, les eaux de l'océan Pacifique :
Puisque je viens d'évoquer les torii du Mont-Fuji, je vais vous parler du plus fameux d'entre eux dans l'archipel, celui de Miyajima. Vous n'avez sans doute pas été insensible à la photo qui le représente au coucher de soleil et qui illustre un précédent article. Le moment de l'imbrication des derniers rayons solaires avec le rouge vif du torii mêlés dans les eaux était fabuleux. Miyajima, littéralement l'île des dieux, est le nom de cette langue de terre sacrée au large de Hiroshima. Elle est célèbre pour son torii et son sanctuaire dénommé Itsukushima jinja.
Inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, ces trésors sont merveilleux. Le sanctuaire shintô donne l'impression de flotter à marée haute car il est construit sur pilotis. Dédié à la déesse gardienne des mers, on accède à ce sanctuaire à l'aide de ferries que l'on pourrait comparer à des bacs français. Le torii principal, rouge vif, est implanté dans l'eau car il marque non seulement l'entrée dans l'espace du sanctuaire mais également sur les littoraux de l'île, sacrée dans son intégralité. Haut de près de dix-sept mètres, il repose sur le sable seulement grâce à sa propre masse proche de soixante tonnes tout de même. Ses piliers principaux, façonnés en bois de camphrier, mesurent dix mètres de circonférence et sont régulièrement restaurés. L'île de Miyajima et le Japon tout entier sont en effet fréquemment frappés par des typhons et des tsunami qui mettent en péril cet édifice.


Vraisemblablement construit au VIème siècle mais existant dans sa forme actuelle seulement depuis le XIIème siècle, le temple doit sa structure sur pilotis et son architecture au caractère sacré de l'île. En effet, les visiteurs n'avaient pas le droit de mettre un pied sur l'île ; ils débarquaient alors directement sur les pilotis après être passés en bateau sous le torii. Aucun cimetière ne se trouve sur l'île car son caractère sacré interdit que quiconque y naisse ou y meure. De même, les forêts sont très denses car les arbres ne sont pas coupés pour respecter le culte shintô. Outre le torii et le sanctuaire de Itsukushima, de nombreuses randonnées sont proposées, notamment l'ascension du Mont-Misen. L'idéal à ce moment-là étant de passer la nuit sur l'île pour profiter du calme et des embruns divins. Comme le démontre la photo de droite ci-dessus, la marée montante n'était pas complète encore quand la nuit nous a obligés à rejoindre le ferry pour rentrer ensuite vers Fukuoka. Itsukushima jinja entouré par les flots doit certainement valoir la peine, à lui seul, de rester à contempler les étoiles de ce littoral magnifique.