Le grand buddha de Tocho-ji
Tout proche du temple Shofuku-ji, premier temple zen rinzai et berceau du thé vert japonais dont je vous contais la sérénité il y a quelques temps, se trouve le temple Tocho-ji. Situé le long de la grande artère conduisant à la gare de Hakata, il s'impose par sa grande pagode rouge qui semble s'extirper des buildings voisins. Cette situation n'est pas exceptionnelle au Japon. Les temples, notamment en ville, sont les acolytes de bâtiments géants d'habitations ou de bureaux. Souvent, les temples semblent être englués dans l'urbanisme, très dense dans les grandes villes japonaises. Ils peuvent être ainsi comparés aux petites églises cachées entre les immeubles dans les vieux quartiers des villes françaises. La grande différence étant que les temples que l'on ne voit pas forcément au premier coup d'oeil sont souvent de grande importance alors que les églises ou cathédrales de grande importance en France sont mises en valeur dans le paysage urbain. La ville se construit autour de l'édifice religieux, centre névralgique de la cité française. Un grand espace lui est dédié et bien souvent celui-ci est nommé "place de l'église". Ici, l'espace consacré se concentre à l'intérieur de l'enceinte du sanctuaire. Deux mondes se côtoient mais chacun préserve son espace privé. Le passage dans un édifice sacré se matérialise par le franchissement du torii. Une fois cette porte sacrée dépassée - sans poser le pied sur sa marche, ce qui porte malheur - la ville n'a plus cours et les buildings semblent appartenir à une autre entité.


Le temple Tocho-ji est remarquable pour plusieurs raisons. Il s'agit tout d'abord du temple le plus vieux de Fukuoka. Il a été édifié sous l'impulsion de Taishi Kobo, un prêtre bouddhiste, suite à son retour de Chine en l'an 806. Ce patrimoine historique très ancien en fait un lieu de visite incontournable à Fukuoka. Sa structure actuelle, récemment refaite, offre une perspective très intéressante vue de la cour d'entrée. Le rouge vif de ses boiseries procure un sentiment de force et de colère. Ce rouge m'a rappelé les couleurs des temples d'Asakusa à Tôkyô, où les dieux du tonnerre et du vent étaient représentés.
Son architecture est très attirante. Une douce odeur d'encens se répand dans l'atmosphère qui est dévolue aux prières et au recueillement. A l'intérieur du temple sont conservées des peintures et des calligraphies réalisées par le grand prêtre zen Sengaï qui a vécu dans la région de Hakata au XVIIème siècle. Ces oeuvres sont classées dans la collection des trésors nationaux du Japon.


Ce temple, baigné par les pruniers en fleurs au printemps, est également l'endroit où ont été déposées les cendres de Kuroda Tadayuki et de Mitsuyuki, les deuxième et troisième seigneurs féodaux du clan Kuroda qui régnait sur la région au début du XVIIème siècle. La sépulture est visible sur le cliché de droite.
Le dernier grand attrait de Tocho-ji est abrité au deuxième étage du temple : un grand buddha impressionnant. Le Daibutsu représenté mesure plus de onze mètres de hauteur et a la particularité d'être composé en bois. Artistiquement très réussi, il domine la pièce dans laquelle il est exposé. Sa structure est visitable, notamment l'intérieur de la statue où il est possible de visiter les enfers. Malheureusement, nous n'avons pas pu effectuer cette visite car un office religieux allait être célébré lors de notre passage. Après les grands buddhas de Kamakura et de Nara, ville proche de Kyôtô, il s'agit du troisième buddha remarquable du Japon. Il est le plus grand réalisé en bois.
